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Comment te dire adieu. [ft. Bryne & qui voudra]

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Assassins
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Morwen O'Shanahan
Message Dim 15 Mar - 17:08


    Elle s'était mêlée aux élèves, aux professeurs et aux surveillants. A la cohue des gens blessés, au climat ambiant de l'académie plongé dans la confusion après l'attaque de dragonniers inconnus. Beaucoup pensaient aux Wyrms, mais Morwen ne pensait à rien; dans le fond elle se fichait éperdument de ceux qui avait attaqué Lindorm... et pourtant, une partie d'elle cherchait vengeance pour la douleur infligée à Bryne. Personne d'autre qu'elle n'avait le droit de la faire souffrir, de la plonger dans le désespoir, de la porter au plus proche de la mort. Personne. Personne n'avait le droit de la lui retirer, de lui offrir cette peur unique de perdre le sens de sa vie, sa motivation à être encore parmi ces êtres qu'elle méprisait et qui ne l'avaient jamais tolérée. Cette crainte très ancienne qui trône dans le cœur de chaque personne mais que Morwen n'avait jamais encore éprouvé avant: la peur de voir mourir la personne qui est la plus importante à vos yeux. Elle n'avait pas peur d'être seule. La rousse avait été seule la majeure partie de sa vie; elle avait peur d'être sans Elle. Elle avait peur que Bryne ne se réveille pas, au plus fort de sa fièvre, que plus jamais la directrice ne s'en prenne à elle, ne la fasse souffrir. Ne la regarde. Elle n'affronterait plus ce monde sans ce regards de reproche à la couleur de l'eau verte. Elle n'aurait plus l'envie de s'opposer à quoi que ce soit, si Bryne n'était plus là.

    Alors, l'espace d'un moment, Morwen n'avait rien fait; elle s'était contenté de veiller sur le sommeil de Bryne en défiant quiconque à part les médecins d’entrer dans la chambre de sa Némésis, nodachi au poing s'il le fallait. Elle changerait elle-même ses bandages, endurait ses ecchymoses d'onguents, nettoierait ses plaies avec patience et diligence même si elle ne l'avait jamais fait auparavant. Car Morwen voulait que Bryne vive et dans son sommeil, la rousse le répétait à son ennemie: ne meurs pas, ne meurs pas. C’était elle qui devrait la tuer, même si elle ne le pouvait pas. Bryne devait vivre pour se venger. Elle voulait encore la revoir dans la forme immonde de ce monstre de ronces à l'estomac carnivore, de cette forme changeante et repoussante. Bryne était un monstre, un vrai monstre... celui qu'elle détestait et qu'elle admirait, celui qui au plus fort de la bataille avec les dragonniers avait laissé sa véritable nature dévorer ses ennemis sans pitié, sans morale. Juste un monstre d’instinct. La vraie Bryne; celle qu'elle aimait et haïssait confusément.

    Tu ne dois pas mourir. Tu ne dois pas mourir.
    Remet-toi vite que je puisse à nouveau te faire souffrir.


    Que disait-elle? Tout aurait été beaucoup plus simple si sa rivale avait décédé des suites de ses blessures dans son lit, après la bataille. Elle-même avait été très faible, ayant sollicité ses muscles à outrance. Elle avait dormi part terre, dans un tas de linge, sans rien demandé, veillant le lit de Bryne d'en bas, la laissant récupérer. Le sommeil avait été long à venir ces derniers jours et Morwen avait beaucoup pensé, ce qui ne lui ressemblait pas vraiment. A la chaleur réconfortante du feu de cheminée, la rousse avait fait glisser entre ses doigts le seul objet qu'elle possédait: un petit ruban vert qu'elle avait trouvé délaissé dans une flaque d'eau sur le terrain d'entrainement durant sa seconde année. Elle l'avait récupéré et ne s'en était jamais débarrassé car c'était Bryne, encore en première année, qui l'avait perdu durant le cours d'athlétisme. Elle l'avait serré dans son poing ce soir-là, rêvant de l'aube sans vraiment trouver le sommeil, le cœur un peu gros. Ils payeraient pour ce qu'ils avaient fait à Bryne. Les jours avaient passé et Bryne s'était remise, Morwen à son chevet se contentant de changer ses bandages et d'attendre. Elle ne voulait pas la soigner mais refusait de voir quelqu'un d'autre entrer ici. Pourtant la voir se remettre la soulageait, au fond d'elle-même.

    Nerviskah lui manquait, bien qu'elle se plaise à se convaincre du contraire. Morwen avait préféré rester ici plutôt que de retourner auprès de son dragon et de la Main du Jugement; elle avait préféré rester auprès de Bryne plutôt que de fuir et de retourner à ses petites affaires car quand il s'agissait de choix, elle choisissait toujours Bryne depuis tant d'années... depuis dix ans, bientôt. Sans jamais faiblir, la rousse avait été auprès de sa rivale, d'abord illustre anonyme qui partageait des fois les mêmes couloirs qu'elle sans jamais oser lui adresser la parole, puis soldat irresponsable à ses ordres pour finir par devenir, gonflée par le désespoir de n'être rien pour personne, sa Némésis personnelle. N'être rien de spécial pour personne de spécial, n'être rien du tout. A Lindorm, juste un cancre. Un nom en plus, que ne connaissait même pas Bryne. Les couloirs étaient familiers, pour ceux qui étaient en état; elle avait parcouru l'entrée, le grand hall, sans crainte; après s'être battue avec les gens d'ici, Morwen ne voyait plus l'intérêt de se cacher, croisant des élèves sans rien leur dire. Elle avait rejoins les nichoirs, avait erré près du lac où trônait encore, éternellement silencieuse, à statue de basalte qui avait été jadis un dragon qu'elle avait vaincu seule, muré dans un silence infini. Elle avait parcouru les refuges, les nostalgies d'un temps perdu qu'elle n'aurait jamais pensé regretter, elle qui n'avait aucun remord, aucun regret. Les archives, où elle s'était glissé à la faveur de la nuit pour trouver le dossier d'admission de Bryne pour en apprendre plus sur sa vie avant Lindorm... et comprendre beaucoup de choses. Des choses qui la firent terriblement réfléchir. Bryne irait-elle un jour lire son propre dossier? Morwen en doutait; elle n'était rien de spécial pour personne de spécial. La salle de bal enfin, cet endroit où elle n'avait jamais voulu mettre les pieds, une grande pièce vide et froide qui ne produisait que de l'écho et de la poussière. Cette grande pièce où regardant les hauteurs vertigineuses des voutes, la rousse sentait bien qu'elle n'avait pas sa place.

    La piétaille avait fait irruption dans le couloir principal alors que de nombreux élèves s'y trouvaient, en transit d'un cours à l'autre; une escouade complète de Comètes de Feu, de pieds en cape. Morwen avait entendu quelques jeunes gens piailler et s'était rendue sur place, portant une chemise, un pantalon et des geta ainsi qu'un kimono piuvert, lui donnant l'air d'un vrai sac aux cheveux en bataille. Les yeux ronds, la jeune femme eut un vague sourire avant de se laisser aller à sa plus franche hilarité, comprenant tout de go de quoi il allait en retourner. Les choses ne pourraient pas rester ainsi éternellement. Elle savait et avait toujours su qu'elle était une fugitive et qu'elle n'avait pas sa place après de cette femme; cette femme honnie et aimée.

    "Soldat Morwen O'Shanahan, troisième régiment des Lianes Céleste!", tonna un grand homme en armure en désignant la rousse du doigt, devant la foule des lèves et du personnel.

    L'intéressée eut un large sourire en se curant d'oreille de son auriculaire comme si de rien n'était, se laissant encercler par les soldats qui armèrent leurs mousquets sur elle.

    "Vous êtes accusée d’insubordination, tentative de meurtre et de désertion! Rendez-vous! Première sommation!"

    Les accusations étaient bien incomplètes et la rousse eut un sourire: on aurait pu ajouter meurtre avec préméditation, appartenance à un groupuscule secret, destruction du bien d'autrui, mutilation, abus physiques et psychologiques...

    "Bande de pauvres caves, vous pensez que je vais me rendre?!", grognant Morwen en faisant pousser de l'écorce sur ses avant-bras, "on va voir combien d'entre vous j'arrive à éparpiller façon puzzle avant d'être fatiguée! Tch!"

    la parlotte n'était pas trop son fort; Morwen ne se rendrait jamais: soit ils parviendraient à la tuer ici et maintenant, soit elle ferait un carnage, élèves y compris. Elle n'avait pas d'amis, pas d'attache, aucun sentiment pour qui que ce soit ici, n'étant rien de plus que des victimes de plus, des sacs de viande. Tuer ou être tuée; c'était aussi simple que ça.

    Ses désirs avaient été comblés jusqu'au dernier; elle avait soutiré à Bryne tout ce qu'elle aurait pu lui prendre, lui voler ou lui briser et à présent, Morwen savait que toutes ces choses, et les désirer, avait été terriblement vaines. Alors se battre jusqu'à la mort ne lui faisait pas peur. Mourir la première serait bien mieux que de voir Bryne mourir avant. Tuer serait bien aussi; une simple habitude.

    Elle les tuerait ou ils la tueraient.
    C'était tout.




Dernière édition par Morwen O'Shanahan le Dim 15 Mar - 22:30, édité 1 fois
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Bryne O'Cuinn
Message Dim 15 Mar - 21:00



Sa rémission avait été longue. Son corps épuisé par son propre pouvoir, elle avait été longuement soignée, pendant des jours d'inconscience, loupant les balbutiement de la rémission de l'académie toute entière. Le monde continua de tourner sans elle, mais s'était arrêté pour Hagen, pour Morwen. Mais cela, la femme aux ronces noires ne pouvait le savoir. Elle avait donné, pour la première fois, le contrôle total aux ronces. Et quelque chose en elle vacillait. Quelque chose en elle s'était fissuré, sans qu'elle puisse dire quoi et pourquoi.

Lorsqu'elle avait rouvert les yeux sur sa chambre silencieuse, lorsque ses yeux avaient croisés un instant la forme endormie de Morwen, au bas du lit comme quelque clébard pathétique, elle avait sentit ses prunelles s'embuer et avait préféré feindre de nouveau le sommeil, effrayée de n'avoir pas été seule. Dans le silence de l'obscurité, elle avait pensé, longuement, à tout ce qui avait pu se passer et à la raison pour laquelle Morwen avait pu rester. Sa conclusion était si vivement douloureuse, si terrifiante, qu'elle l'occulta, retombant dans l'inconscience, redevenant simple poupée vide et creuse pour ce sommeil cette fois parcouru de songes terribles, et de conclusions glaçantes.

Comme pour fuir la réalité, sa réalité, Bryne avait dormi tard, son corps blessé parcouru de douleurs diverses. Et chaque fois qu'elle rouvrit les yeux, chaque fois, c'était le visage de son ennemie qu'elle rencontrait. Elle qui la soignait. Elle lui avait hurlé de la laisser, de ficher le camps, d'une voix plus faible qu'elle l'avait voulu. Mais elle était restée. Elle l'avait soignée, encore. Et Bryne, avait vu, terrifiée, son monde s'effondrer. Toutes ses certitudes balayées par ce vent étrange au fond de son esprit. Elle finit par se laisser faire, un peu absente, dormant beaucoup, abrutie de drogues et de remèdes. Elle était ainsi moins encline à se laisser dévorer par sa colère. Par sa profonde culpabilité et par l'horreur indicible de sa réalité. Une réalité dont faisait partie Morwen, partie intégrante, étrange rouage de cette nouvelle mécanique du coeur et qu'elle n'acceptait pas encore. Elle que l'on avait vu devenir un monstre, elle, la femme-ronces, celle-là même que tout le monde avait pu voir embrasser une autre femme...
Tout lui avait échappé. Tout son monde de porcelaine gisait dans ses doigts, et elle était incapable de le faire encore tenir, de recoller les morceaux de sa logique, de sa raison et de sa routine.
Alors elle la laissait la soigner, absente et présente à la fois, un peu hagarde, pas encore en état de s'occuper d'autre chose que de sa guérison.

Deux semaines avaient déjà passées ainsi, elle avait reprit un peu de forces, malgré son corps plein d’ecchymoses et de plaies en voie de se refermer. Elle avait plus de zones bandées que de peau découverte. Les ronces avaient déchiré ses chairs pour sortir de son corps en masse. Elle était paradoxalement blessée par sa propre force.
La jeune femme avait revêtu une robe blanche aux manches longues, et une veste bleue tendre, marchant dans les couloirs en direction de son bureau, un pincement au cœur la prenant en voyant par endroits les dégâts de ceux qui avaient attaqué l'académie. Devant la porte du bureau directorial, il y avait un soldat, tout guindé dans son uniforme des Comètes de Feu. Alors, vraiment, son monde acheva de se briser en un milliers de morceaux alors qu'elle comprenait...

Elle suivit l'homme dans le couloir... Le long de ces lieux connus et arpentés des milliers de fois. Un univers étrange, une fin en soi. Elle la vit, ses bras déjà couverts d'écorce. Et elle avança, brisant le cercle de soldats, elle si petite à côté d'eux. Elle fixait Morwen, à cet instant, comme pour graver tout ce qu'elle pouvait encore graver en elle. Une dernière image, un dernier souffle.
"Rends-toi sans faire d'histoires." Je t'en supplie. "C'est un ordre." Je t'en supplie... Pardonne-moi... Pardonne-moi.
Droite et digne, dans sa robe blanche, ses cheveux longs joints en deux couettes retenues par des rubans, ses yeux verts n'exprimaient rien. Elle était vide, la jolie poupée. Vide de tout sens. Vide de cet instant tragique. Droite et vide, aussi creuse qu'avant. Une poupée au visage de porcelaine. Un visage qui ne souriait pas.
"Morwen O'Shanahan, vous êtes sommée de quitter cette académie et d'être jugée pour vos crimes." Etait-ce sa propre voix ? Etait-ce vraiment elle ? Elle se tenait droite, bien trop droite. Digne jusqu'à la rupture absolue, dans la plus parfaite négation de tout ce qui bouillonnait en elle...

Meurs... Meurs en même temps que mon cœur... Péris, et avec cela, tous mes pêchés et mes fautes... Je t'en conjure, laisse-moi seule dans ce monde trop grand avant que je ne puisse plus jamais vivre sans toi...


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Morwen O'Shanahan
Message Dim 15 Mar - 23:16


    Déjà, le frisson du combat remontait le long de son échine en une ondulation familière et plaisante et elle se lécha d'instinct les lèvres du carnage à venir. Rien qu'un peu de chair et de sang, des deux côtés; entrechoquements d'os et de tendons, d'acier, de bois. Emporter quelques vies encore une fois, en espérant ne pas perdre la sienne... et même si, dans le fond... ça n'avait aucune sorte d'importance. Les getas de Morwen claquèrent sur le sol de marbre du couloir, prête à se jeter sur ses adversaires, mille fois brisée et mille fois relevée, sans relâche. Mille fois repartie dans la nature. Ils ne la prendraient pas, pas vivante. Elle donnerait maintes fois la mort avant qu'on ne lui la donne, c'était son plaisir, son honneur. La seule chose qu'elle avait pour elle, cette rousse qui n'avait jamais voulu grandir et qui n'avait jamais eut toute sa tête. Et autour d'elle, les soldats d'élite la pointaient avec ces mousquets chargés à bloc, mais qui ne tiraient qu'un seul coup; un seul essai. Il ne fallait pas se rater. Ses bras déjà couverts d'écorce frémissaient dans l'attente des chocs et des souffrances qu'elle recevrait, qu'elle donnerait et la rousse amorça plusieurs pas en avant, ne se souciant guère des spectateurs.

    Pourtant, brisant le cercle des soldats, une figure familière: Bryne, avec cet air inflexible de poupée maintes fois brisée, maintes fois recollées. Sans expression, sans émotion; le masque de Bryne O'Cuinn, qu'elle savait si bien briser. Mais Morwen coupa son élan en voyant la jeune femme la fixer intensément, la regardant à son tour; elle savait ce que cette dernière allait lui demander et que ce serait la dernière fois qu'elle pourrait l'observer à loisir. Alors Morwen retira l'écorce de ses bras, ballants le long de son corps, pour imprimer dans son esprit cette dernière image de son éternelle ennemie. Pour ne pas l'oublier, même si c'était impossible. Se rendre? Bien sûr... l'assassin ne se rendait pas, non. Et pourtant... fallait-il pour cette fois que Bryne l'ordonne pour que Morwen lui obéisse? Bien sur que non... fallait-il qu'elle n'ait avant le grand départ que ce visage froid et inflexible? Bien sûr; qu'aurait-elle pu avoir d'autre? Rien, à l'évidence. Elle n'était que l'ennemie de son ennemie. Droite et digne, dans sa robe blanche, Bryne était douloureuse belle, comme cette dernière image qui s'imprima d'elle en Morwen. Hors d'atteinte, malgré tout. Dix ans en arrière, toujours deux inconnues. Elle lui prendrait tout que cela ne changerait rien, la rousse le savait bien. Ses méfaits avaient été terriblement vains.

    Elle avait pris tout ce qu'il y avait à prendre, volé tout ce qu'elle avait pu lui voler, brisé ce qu'elle avait pu. Elle l'avait souillé, avait blessé ses proches, avait volé sa vertu, l'avait frappé dans sa pudeur, dans son honneur. Elle l'avait trainé dans la fange, l'avait fait sortir de ses certitudes. Tout à juste pour être regardée autrement que comme une anonyme, pour être quelqu'un de spécial pour quelqu'un qu'elle aimait, ou peut-être être quelqu'un tout court. Exister dans le regard de quelqu'un. Et à présent, il lui semblait qu'elle n'avait plus rien à accomplir, fixant Bryne en retour, lui souriant d'un air goguenard en faisant un signe de reddition des mains levées au dessus de sa tête. Elle qui avait promis de se battre jusqu'à la mort l'instant d'avant s'offrait à ses poursuivants sans faire d'histoire. Pas parce que Bryne le voulait, mais parce que cela bouclerait la boucle.

    Ces jolis rubans dans ces jolis cheveux. Derrière ces deux yeux fixes et froids, rien ne filtrait. Elle avait de si beaux cheveux, qui sentaient si bon. Jamais plus elle ne pourrait les toucher, elle le savait. Morwen ne voulait pas être triste; c'était juste la fin du voyage qui avait dur bien trop longtemps pour une finalité si vaine car elle n'était parvenu qu'à devenir une criminelle. Elle ne serait jamais personne dans le regard de quelqu'un et tandis que deux soldats vinrent la saisir à bras le corps, se débattant un peu mollement par habitude, l'assassin se laissa aller à sa plus franche hilarité, la tête un peu en arrière. Elle ne voulait laisser à Bryne que cette image de force et d'insolence, d'être profondément malfaisant qui se moquait de tout et de tout le monde. De monstre; un monstre amoureux d'un autre monstre, mais ils ne pourraient jamais être ensembles car les monstres ignorent ce qu'est l'amour.

    "Laissez-moi juste lui dire un truc", fit Morwen en se laissant trainer vers Bryne, lui souriant d'un air gaillard, "je dois te rendre quelque chose."

    Glissant sa main dans sa poche, la rousse y chercha le petit ruban vers qu'elle n'avait jamais quitté et le mit dans la main de Bryne, la refermant dessus avant de se faire saisir à nouveau.

    "Tu l'as perdu sur le terrain d'entrainement, il y a dix ans. Je l'ai trouvé... et je l'ai gardé tout ce temps..."

    Rien d'autre, pas besoin d'épiloguer plus longtemps alors que déjà les soldats l'emmenait comme elle n'opposait pas de résistance dans l'instant; ils préféraient en profiter, de toute évidence.

    "C'était sympa, je me suis bien amusée", ria-t-elle à l'adresse de sa meilleure ennemie.

    Les Comètes de Feu emmenèrent alors Morwen qui tournant un peu la tête en arrière à s'en dévisser le cou pour voir Bryne lui lança un "bye-bye!" tout goguenard, pour ne pas lui offrir d'image triste ou sensible. Et elle riait, tandis qu'on l’amenait au point finale de son long voyage qu'elle avait raté depuis le début, il y a dix ans.



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Bryne O'Cuinn
Message Lun 16 Mar - 0:14



Tout était brisé. Mille éclats de verre. Masque de porcelaine. Poupée d'acier. Juste une arme pointée sur ses ennemis. Juste une épée tendue vers une victoire clair et définie. Sans autre destin que de tuer. Une arme, une enfant dont on avait peur et que l'on déshumanisait, jour après jour, années après années, jusqu'à la priver de tout.
Jusqu'à faire d'elle cette petite poupée solide comme le métal et que rien n'atteint. Rien. Pas d'amour. Pas de larmes. Pas de colère. Pas de chaleur. Pas de rires. Rien d'autre que ce vaste océan de métal, figé à jamais. Une poupée de ronces, habitée par un don trop imposant.

Pourtant, alors que la main chaude de Morwen se refermait sur la sienne, elle sentit son coeur se serrer à l'en étouffer. Pourquoi ? Pourquoi tu me touches encore. Hagarde, elle regarda ce petit bout de tissu vert, tout abîmé, décoloré et effiloché. Ce ruban semblable à ceux qu'elle portait ce jour là. Elle la fixa, elle qui riait. Dix ans. Cela datait donc depuis tout ce temps ?
Elle eut envie de hurler de douleur, à cette heure. De la gifler. Comment osait-elle rire ? Comment osait-elle se laisser faire ? On l'emportait déjà, cette criminelle. Parce qu'elle l'avait trahie. Parce qu'elle l'avait vendue. Le prix du devoir accompli avait toujours brillé pour elle. Le sentiment du devoir accompli était sa seule motivation. Sa seule récompense. Pas de trompettes et de clairon, juste la satisfaction d'avoir rempli ce pourquoi elle avait été forgée. L'immense satisfaction que tout était comme il le fallait et dans le meilleur monde possible.
Alors pourquoi ? Pourquoi son devoir était-il si sombre, si douloureux ? Pourquoi sentait-elle le sol se dérober sous elle ? Les élèves regardaient la femme rousse se faire emporter. Et elle, les doigts serrés jusqu'à la douleur, un instant encore figée, incapable de détourner ses yeux de Morwen, la regarda disparaître avec l'escouade à l'angle du couloir.

Alors elle se tourna. Comme une poupée, elle marcha, somnambule, jusqu'à son bureau. Ses mains tremblaient, tout son corps tressautait, agité de spasmes nerveux. Elle se rendit compte qu'elle pleurait. Pourquoi devait-elle pleurer ? Une épée ne pleure pas lorsqu'elle transperce ceux qui sont ses ennemis. Ceux qu'on lui désigne. Elle était l'ennemie de Morwen de par ses actes et tout le monde le savait. Pourtant... Pourtant...
"Idiote... Espèce d'idiote..." Hoqueta-t-elle, se laissant tomber à genoux, serrant le ruban avec un désespoir sincère. "Idiote... Pourquoi fallait-il que tu m'aimes..." Elle frappa du poing les dalles à côté d'elle, se meurtrissant les phalanges. Mais ses larmes ne semblaient pas pouvoir se tarir. Elle se roula en boule sur la pierre froide, fixant de ses yeux embués le pauvre ruban... Un aveu qui la brisait, elle qui se croyait de fer. Un aveu silencieux. Elle la haïssait, parce qu'elle lui avait tout pris. parce qu'elle lui avait volé son premier baiser, sa virginité, sa raison. Et qu'elle n'aurait jamais l'homme dont elle était si sincèrement éprise. Parce que le seul qui ai jamais compté ne l'aimerait jamais. Parce qu'on ne l'avait jamais aimé. Personne... Sauf elle. Sauf cette insupportable femme qui lui avait violé chaque parcelle de son esprit.
Mais ce rire qu'elle avait en partant était si amer, qu'elle avait comprit, la femme d'acier, que c'était un sanglot.
Où était son Dieu à cette heure noire ? Où étaient ses grands principes ? Ses croyances les plus fondamentales ?

Morwen allait mourir. Elle allait mourir et c'était de son fait. De sa faute. Non... C'était Morwen qui avait commis la faute, qui avait tenté de la tuer la première. Mais ce ruban... Ce ruban...
Pourquoi est-ce que tu ne m'as pas simplement parlé à l'époque... Pourquoi est-ce que tu n'es pas venu vers moi ? Pourquoi est-ce que tu es restée alors une anonyme... "Idiote... Je suis tellement idiote..." Sa voix s'étrangla. Elle n'avait rien vu, rien comprit. Et cela lui explosait au visage, balayait toutes ses certitudes, les fondements même de son monde. Elle avait eu besoin d'elle, comme le jour à besoin de la nuit, et la lumière des ténèbres.
Elle avait eu besoin d'elle, cette ennemie à sa mesure, capable de la même fureur, de la même puissance, de la même monstruosité. Les deux faces d'une seule pièce.

Et sa Némésis allait mourir. Elle allait laisser ce monde un peu plus vide et un peu plus creux... Cela avait-il encore seulement un sens ?

Aucun.

Il n'y en aurait aucun. Et elle serait de nouveau seule. Jusqu'à la fin des temps.


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