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Invidia & Acedia. [ft. Bryne O'Cuinn]

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Assassins
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Morwen O'Shanahan
Message Jeu 19 Mar - 23:55


    De la colère et de la tristesse, voilà que qu'elle aurait du ressentir en face de ces barreaux qui cette fois la retiendraient pour de bon, avec son consentement. Pourtant, aucun de ces deux sentiments essentiels à la survie habitait l'esprit de Morwen, ce soir-là. Cela faisait bien des jours, quelques semaines qu'elle était retenue dans les cachots de la Tour Perlée, en attente d'un jugement. Cela faisait bien des jours, qu'elle réfléchissait sur sa docilité et pourtant à chaque fois qu'elle y revenait, la rousse se disait que c'était mieux ainsi, que le voyage devait s'achever dans le panache sanglant d'une exécution plutôt que dans une nouvelle fuite. Car à présent qu'elle avait obtenu tout ce dont elle rêvait, cette existence n'avait plus aucune valeur à ses yeux et mieux valait y mettre un terme que de continuer à souffrir comme ça, à la poursuite de nouveaux buts; elle n'en voulait pas: le but de sa vie avait toujours été cette obsession pour Bryne et l'ogre de son érotomanie rassasié, il lui semblait qu'il ne restait à présent plus rien d'elle-même. En un sens elle avait tout pris à sa pire ennemie mais en disposant de tout, elle avait également tout perdu: un but, un dessein, une raison de continuer à se battre. Que faire quand on arrive au but de ses désirs, même les plus fou?

    Elle avait eu son premier baiser de cette bouche virginal, les premiers émois forcés de cette féminité de tourterelle, sa souffrance et ses larmes. Elle avait eut ses coups, ses insultes, son intérêt. Rien qu'un instant, elle avait été quelqu'un dans les yeux de Bryne mais à présent plus rien n'avait de sens, puisqu'elle lui avait tout pris; et puisque Bryne lui avait demandé de se rendre, Morwen avait juste accepté l'idée de la fin de son voyage. Assise à même le sol de pierre, un rat dans sa gamelle comme seul compagnon de fortune, la rousse cherchait à ne pas méditer sur sa condition; à vrai dire, elle avait juste hâte qu'on la fusille et qu'on passe à autre chose. Pour cette raison, elle avait trompé son dragon, pour l'éloigner d'elle. Pour cette raison, elle n'avait rien dit de ses projets à la Main du Jugement; ce combat avait été le sien, à elle seule. Elle n'avait ni gagné, ni perdu... peut-être avaient-elles perdu toutes les deux, dans le fond. Cette idée la fit rire aux anges à en avoir mal aux côtés tandis qu'un garde frappa de sa matraque sur ses barreaux pour qu'elle la ferme. La jeune femme s'était alors allongée sur la pierre froid et avait fermé les yeux, ses pieds nus se frottant l'un à l'autre, une cheville entravée enchainée à un pilier central dans la petite pièce.

    Le temps ne passait pas et fixer la voûte de la cellule n'y changerait rien. Qu'il est long, l'instant avant de mourir... elle repensa à son grand-père, le cou dans un angle étrange après avoir chuté dans l'escalier. L'avait-elle tué où avait-il glissé tout seul? Elle ne le saurait jamais... personne n'était venue la voir, car elle n'avait personne. Bryne ne viendrait pas non plus et à imaginer le procès qui l'attendait demain, cela l'agaçait déjà; toute cette administration pour lui coller une balle dans la poitrine... la justice des Territoires manquait de vigueur, réellement. Elle sourit, se tournant sur l'autre flanc en cherchant le sommeil en collant un coup de pied dans sa gamelle pour faire fuir le gros rat, ce pique-assiette qui était sa seule compagnie, avant de se gratter le fond du pantalon trop large dans un geste dénué de toute féminité.

    Depuis sa cellule, Morwen regardait la lune filtrer sous les nuages nocturnes, n'ayant aucune idée de l'heure qu'il pouvait bien être; elle avait sommeil et un peu faim, c'était sa seule indication. Et une urgente envie de pisser, mais cela attendrait car elle avait trop sommeil pour avoir la vigueur de se relever.


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Bryne O'Cuinn
Message Ven 20 Mar - 0:45



Elle avait perdu quelque chose. Quelque chose mais quoi ? Il y avait en elle un grand vide un peu étrange. Comme si elle prenait subitement conscience de ce qu'elle avait dans le creux des mains alors que déjà, cela avait disparu. L'oiseau s'envole au printemps des mains qui l'ont soignées. La fleur s'épanouit puis fane, semant ses pétales sur la table.

Il y avait en elle ce vide que le travail ne parvenait pas à combler, elle qui ne s'épanouissait que dans l'activité. Il y avait dans ses doigts, le soir venu, dans ce grand lit froid, ce petit bout de tissu tellement insignifiant. Un ruban qui avait été vert vif et à présent délavé et effiloché. Un bout de ruban juste bon à jeter. Dix ans. Voilà tout ce temps qui avait passé, dans l'ignorance et la haine. Pourquoi avait-elle été si aveugle ?

Des années de silences et de cris. Des années d'ignorance. Elle n'avait pas voulu voir l'évidence, tellement douloureuse. Elle souriait, la fille aux cheveux verts et aux yeux de mousse. Elle souriait tous les jours, de grands sourires qui ne voulaient rien dire. Elle avait autours d'elle toute une foule. Mais aucun ami. Une seule femme avait un jour persévéré jusqu'à être son amie et elle pleurait à présent un amant, un amour, dans quelque coin reculé de ce monde. Elle avait perdu un jour, sans y prendre garde, la seule qui était son amie. Elle l'avait égarée dans la fadeur de cette existence métronomique. Le monde tournait, fait de millions d'aiguilles tournant comme des girouettes, pointant des milliards de mécaniques du cœur. Et autant de possibles. Dans un autre monde, un autre temps, un autre futur, elle aurait sourit à cette autre fille et aurait pris sa main. Elles auraient marché ensemble, doigts entrelacés et auraient oublié leurs solitudes dans les bras l'une de l'autre. Elles auraient été amies. Elles auraient été amantes. Elles auraient été dragonne et dragonnière. Elles auraient été simples inconnues, perdues chacune à un bout du monde.

Mais toutes les aiguilles avaient pointées la haine et la violence comme tout destin. Un destin qui finirait dans le sang. Ce sang qui avait coulé de ses cuisses et qu'elle verrait maculer les pavés quand on crèverait la poitrine de cette fleur du Mal... Oui, les aiguilles pointaient toutes cette finalité. Et contre les balles, il n'y avait qu'un ruban attaché au blanc poignet de la femme de fer. Pour elles, point de salut. Point de belle fin. Juste le sinistre craquement de la poudre et l'odeur de sang.

Si tout pointait vers le même destin, pourquoi alors son cœur se serrait-il avec tant de douleur ? Pourquoi se sentait-elle seule dans ce grand lit froid ? Pourquoi est-ce que même Hagen n'était-il pas une source de réconfort ? Pourquoi est-ce que les larmes coulaient toutes seules sur ses joues ?

Toutes les aiguilles de l'univers pouvaient bien tourner à l'envers. Elle ne pouvait s'y résoudre. Elle en était incapable. Elle avait lutté, fait bonne figure, tenu sa tête droite, salué, souri comme une poupée savante. Pantin de fer, si docile. Elle avait tenu son rang, son honneur, sa dignité. Elle avait guidé les premiers travaux de reconstruction, fait un discours enflammé pour réchauffer ces jeunes cœurs endeuillés quand le sien saignait à blanc... Elle avait souri, souri encore, car son cœur pleurait des millions de larmes de sang.
Le seul au courant n'était pas son ami, pas même un allié. L'homme qu'elle aimait ne l'aimerait jamais. L'homme qu'elle aimait venait de lui prendre la seule qui l'ai aimée sans même daigner venir en personne. Elle aurait voulu le voir une dernière fois... Une dernière fois et puis quoi ?

Elle avait noué le ruban à son poignet. Et, à la faveur de la nuit, avait enfilé une large cape brune à capuchon par dessus sa robe d'un blanc menteur. Elle s'était glissée hors de l'académie par les souterrains, comme certains élèves, elle qui ne l'avait jamais fait étant adolescente. Elle s'était faufilée dans les rues silencieuses, jusqu'à la tour sombre, qui semblait vouloir percer le ciel nocturne. Comme son cœur battait, tout à coup... Il semblait faire un bruit de tous les diables.
Elle serrait contre elle une cruche de vin, rouge comme le sang, à l'odeur âcre et forte. Elle s'avança droit vers les gardes à l'entrée de la tour, déglutissant. La droiture et la vérité, ainsi était l'Arme épineuse. Mais la femme sous les ronces servit les gardes en se laissant tripoter un peu les seins, prétendant venir pour la dernière volonté de la condamnée à mort. On la prit pour une simple fille de joie. Que leurs doigts la dégoûtait... Elle détourna le visage, subissant leurs caresses grasses et leurs manières rustres. Puis le somnifère fit son effet et elle put continuer, rejoignant les cachots de la tour. Là encore, elle recommença son manège, le visage dissimulé dans l'ombre et servit un nouveau verre au garde près de la cellule de Morwen, le laissant s'aguicher tout seul en la tripotant un peu.
Bientôt, ce dernier ronflait sur sa chaise et Bryne fit doucement glisser son capuchon en s'approchant des barreaux, se mordant la lèvre avec nervosité...

Elles étaient là, à présent. L'une libre, l'autre prisonnière.
"Je sais que tu pourrais partir quand tu voudrais..." Fit Bryne, d'une voix plus tremblante que d'habitude. Car ce pouvoir étrange qu'elle possédait sur sa Némésis était une chose nouvelle et terrifiante car elle impliquait autant que ce ruban à son poignet... Etait-ce du reproche dans sa voix ? Oui.

Pourquoi ne fuyait-elle donc pas ?


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Morwen O'Shanahan
Message Sam 21 Mar - 15:15


    Morwen était mélangée de sentiments contradictoires mais ce n'était pas comme si c'était rare pour elle. Entre la colère et l'impatience pour masquer la peur, la frustration, les envies physiologiques de manger et d'uriner. Entre l'envie de dormir et celle de frapper les quatre murs de pierres, l'envie de fermer les eux un instant et d'imaginer la suite et celle de faire face et de rire de cette destinée de criminelle qui était sienne. Ne pas s'en faire, ne plus s'en préoccuper; elle n'avait plus qu'à attendre mais la rousse n'était pas connue pour sa patience. Se tournant sur l'autre flanc en croisant ses bras sur son torse, Morwen vit une jeune femme encapuchonnée se laisser toucher par le garde qui s'occupait de sa cellule, regardant le spectacle avec un air à la fois amusé et blasé; elle savait déjà rien qu'au petit gabarit de qui il s'agissait, n'étant même pas surprise de voir apparaitre sous les ombres immenses du capuchon le petit minois de Bryne O'Cuinn. Comment ne pas reconnaitre ce visage tant hait, tant aimé? Ces grands yeux et ses coups d’œil nerveux, cette bouche tordue et maltraitée par de parfaites dents blanches. Elle lui sourit comme pour la provoquer, sans daigner se lever.

    "Syndrome de la victime?", plaisanta Morwen en riant au nez de la jeune femme.

    Bryne était décidément une femme contradictoire, mais c'était cette contradiction qui en faisait un être étrange et séduisant aux yeux de sa pire ennemie. Souriant de plus belle au tond e reproche utilisé par l'autre dragonnière, la rousse se redressa pour s'assoir en tailleur sur son séant, portant un sarouel bordeaux et la poitrine bandée pour tout vêtement. La jeune femme s'adossa au pilier central, celui qui retenait la chaîne qu'elle avait au pied et qu'elle n'avait même pas tenter de briser. Les bras croisés, Morwen toisait Bryne avec un air tout goguenard, cachant son contentement et son amertume derrière la même attitude provocatrice qu'elle avait toujours eu à l'encontre de la directrice de l’académie.

    "Toi aussi, tu pourrais partir quand tu voudrais", renchérit Morwen en pointant en filigrane l'étrange lien qui l'unissait à sa rivale, "et pourtant tu viens de te faire tripoter ici... qu'est-ce que tu veux? T'as le syndrome du quai de gare ou tu veux que j'te donnes une dernière fois?"

    Comme pour énerver encore plus Bryne, la rousse eut un geste obscène du bassin et des poings ramenés vers elle singeant de manière grotesque ce qui s'était précédemment passé entre elles et qui avait échappé à tout contrôle. Bryne était contrôle tout relatif, dignité et pudeur là où Morwen était rage, naturel destructeur et comportement libidineux. Tout les opposait et pourtant elle était les deux revers de la même médaille, le blanc et le noir. Pour Morwen, c'était Bryne qui avait toujours donné du sens à son existence, qu'elle l'aime ou qu'elle la haïsse. Ces deux sentiments sont tellement proches.

    "J'avais promis de rester, c'est ce que j'ai fais. Pour que tu arrêtes de faire ta p'tite fille malaimée dans ton coin...", elle la fixa, le sourire acide, "c'est toi qui a appelé les Comètes, je le sais... alors t'as pas intérêt à me balancer que j'ai pas t'nu ma promesse, pauvre débile."

    Morwen haussa les épaules, comme blasée; elle ne se fatiguait jamais des revirements de Bryne mais cette fois-ci, c'était l dernière ligne droite et aucune des deux ne devait l'ignorer. Même Morwen et sa crainte de grandir... à bien y réfléchir, si tout s'arrêter ici elle n'aurait jamais plus besoin de s'inquiéter de devenir une adulte. C'était bien comme ça.

    "Bon, tu le veux, ton p'tit coup derrière l'oreille?", elle lui fit un geste de la main, "viens, fais pas d'manières... j'sais bien que ça t'as surement pas suffi la dernière fois, hein? En fait t'es surement une perverse, quand je vais crever tu iras te taper les condamnés à mort, j'en mettrai mon cul au feu!"


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Bryne O'Cuinn
Message Sam 21 Mar - 16:42



Cette femme était tout ce qu'elle avait toujours détesté, méprisé et honni réuni dans un seul petit corps. Elle aurait voulu la tuer. La tuer vraiment, de ses propres mains, sentir ce corps insolent tressauter sous le sien, comme le corps visqueux d'un poisson sur la berge. A cette pensée, elle sentit une excitation coupable tirailler ses reins alors qu'elle se mordait la lèvre jusqu'au sang. Résister encore et encore contre ses pulsions, voilà là toute l'histoire de sa vie. N'être plus qu'une arme, un objet matériel et non plus pensant, une chose dénuée de ce feu qui embrasait les vulgaires. De ce feu dont était fait Morwen, métal bouillonnant qui empoisonnait toutes ses pensées.

Elle la détestait, la méprisait... Comment avait-elle pu pleurer ? Comment avait-elle pu verser des larmes pour cette odieuse démone au sourire torve et vulgaire qui insinuait qu'elles... Qu'elles... Quoi d'abord ?
Comment pouvait-elle à cet instant n'avoir d'autre but que de la voir, de contempler encore une fois ce visage ordurier ? Pourquoi cette obsédante tension qui les reliaient l'une à l'autre aussi sûrement qu'une chaîne ?

"La ferme !" Les gestes obscènes et les railleries la touchaient plus qu'elles ne l'auraient dûes. A quoi s'attendait-elle ? A des retrouvailles poignantes, à un adieu déchirant. Elle porta machinalement la main à son poignet, sentant sous ses doigts le tissu effiloché. Pourquoi fallait-il que ce soit toujours ainsi ?
D'une main, Bryne retira la clé des plis de sa cape, cette clé subtilisée sur le garde qui ronflait à présent comme les autres. Elle se prit chaque mot, chaque affront comme autant de gifles, mais garda la tête haute, le regard lointain, peut-être un peu teinté d'une douleur qu'elle refoulait de toute son âme. Salope. Elle n'était bien qu'une putain vulgaire. Elle méritait mille fois l'échafaud, la fusillade et tous les supplices. Elle n'était qu'une criminelle, une raclure, un animal tendu par la luxure.
Mais tuer Morwen signifiait sa propre fin, elle l'avait compris. Alors elle se traita d'idiote, inspira et ouvrit la porte de la geôle, y pénétrant à son tour, se tenant près de la criminelle, la toisant de haut.

Elle avait raison sur un point : il y avait en elle une enfant effrayée à l'idée d'être seule. A quoi bon vivre sans amour ? Elle avait goûté à un délice étrange, doux et amer à la fois. La proximité de ce corps chaud était un fer terrifiant, plus terrible encore que toutes les prisons. C'était son Lotos, son pêché.
Elle avait le dos raidi par le nombre de coups de fouet qu'elle s'était infligée, jusqu'à ce que les lanières du chat à neuf queues soient toutes poisseuses de son sang alors qu'elle priait à genoux un Dieu aveugle et sourd qui ne lui avait jamais rien donné. Elle avait dans le haut de son dos les plaies de sa culpabilité. Cette souffrance qu'elle ne parvenait à formuler et qu'elle n'apaisait que dans l'expiation.

Certains crimes, cependant, se payent d'une vie contre une autre et cela, elle le savait mieux que personne.
Elle ne lui répondit pas, s'accroupissant auprès de son ennemie, face à elle, toutes proches, pourtant si loin.
Elle ne devait pas faillir, pas se détourner de son but, ni de sa résolution. Elle la fixa dans les yeux, à sa hauteur cette fois, d'un regard qui ne cillait pas.

"Tu récoltes les fruits que tu as semés. Il ne peut rien germer d'une terre stérile, en dehors de pousse tordues et dégénérées." Elle la fixait, grave et mesurée, contre la barbarie écumante.
Elle attrapa la main tendue de Morwen d'un geste sec, et y fourra une capsule d'un vert sombre. Dans sa propre main, il y avait une capsule similaire...
Le contact entre leurs deux peaux, lui donna la force de résolution manquante.

"Un dernier cadeau. Tu voulais tellement gagner. Et une porte de sortie. Si tu ne supporte pas d'attendre demain..." Sibylline, elle la fixa, avant d'avaler tout rond la petite capsule de poison.

"Profite du spectacle." Sa voix hoqueta, elle roula des yeux, tombant sur le flanc, son corps atteint brusquement de spasmes. "P... Profite de ta jolie victoire... Elle sera si jolie, si brillante... Mais... Tu ne me rattrapera jamais là où je vais..." Elle ferma les yeux, le corps agité de convulsion, le poison pénétrant son organisme. La capsule de Morwen était un leurre. Une douce vengeance. Savoure, Morwen, car au petit jour, ce sera ton tour. Et où que j'aille à présent, j'y avais sans craintes car je sais que tu m'y rejoindras en vérité. Je n'irais pas auprès de ce Dieu cruel qui m'a pris toute chaleur. Je ne rejoindrais jamais l'homme que j'ai aimé de toute mon âme, je me grille au feu de ta haine. Je te rend toute la douleur que tu m'as donné.

Serre-moi une dernière fois, il fait vraiment trop froid...


Les lèvres bleues, le souffle rapide comme celui d'un cheval fou, roulant des yeux sous ses paupières closes, là, toute proche de Morwen, elle songea qu'elle ne méritait guère une meilleure fin...

La porte était restée ouverte, Caeruleus ne tarderait guère. Morwen s'enfuirait. Ce qu'elle avait prévu. Et elle mourrait là. La fin du voyage et de la route. C'était ainsi que les choses auraient dû être depuis bien longtemps...


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Morwen O'Shanahan
Message Sam 21 Mar - 19:53


    L'insulte répondait à l'insulte encore et encore, la violence à la violence: deux lames lancées l'une contre l'autre avec fièvre ne pouvaient que s’entrechoquer dans un vacarmes d’étincelles. Mowen sourit, n'imaginant pas ce qu'il l'attendait ensuite en haussant simplement des épaules d'un air désinvolte aux propos de son ennemie mortelle. Ce qu'elle dirait n'y pourrait rien changé et peu importait la raison de sa venue, elle était stupide; pourtant la rousse se prit à croire, rien qu'une fois, qu'on venait la voir. Qu'on venait pour elle, qu'une personne venait à elle. Une fois, à la fin, que quelqu'un sache qu'elle existait et en cessant de vivre, qu'elle avait eu une histoire, une vie. Au delà de ses crimes, Morwen avait eut une existence, mais qui s'en souviendrait? Lorelei, Shiki, Caeruleus, les témoins de sa folie, de son amitié; de son humanité, dans tout ce qu’elle a de beau et de laid à la fois. Témoins de son amour et de sa haine, de son choix d'ennemi: le monde entier, l'ennemi le plus excitant de tous à combattre. Chacun se souviendrait d'elle intimement, comme d'une amie, un fardeau, une amante... qui se souviendrait de Bryne autrement que comme la poupée de métal qui souriait pour ne rien montrer? Qui parlerait de cette autre Bryne, celle qui avait constamment peur et mal, qui avait envie de tout détruire car elle n'avait rien, qu'elle seule connaissait?

    Ses rires étaient amères car elle ne voulait pas mourir, malgré tout ce qu'elle disait. Elle riait pour ne pas pleurer, parce qu'elle était terrifiée au fond d'elle-même de devoir affronter la fin, tout simplement. On récolte ce que l'on sème, surement. Avait cru ces semailles de la colère entre elle, pour faire pousser d'étranges fruits avec beaucoup de saveurs. Morwen en était convaincue. Entre elle, une fleur était née, carnivore, qui les dévorait; une très belle fleur qui sentait le sang, seule au milieu de rien. Une jolie fleurs pleines d'épine,s bardées de ronces... Bryne, oh, Bryne, tu es cette fleur... au fait de cette tragi-comédie absurde, chacune se fixait, l'une grave et mesure et l'autre occupée à masquer sa peur et son bonheur. Bryne était venue et même si c'était pour une raison stupide, Morwen était heureuse que le dernière visage qu'elle contemplerait serait celui-ci; qu'il était doux, cet ovale parfait. Il inspirait la piété, la dévotion. Qu'ils étaient beaux, ces grands yeux d'eau verte, miroir sur son âme déchirée. Ces petites mains contre les siennes, cette capsule stupide dans la sienne. La rousse regarda un instant l'objet, relevant un regard d'interrogation sur Bryne avant de la voir l'avaler tout de go. Gagner?

    Un petit comprimé et un plan cruel. La cruauté de Bryne répondait si parfaitement à celle de Morwen qu'il n'y eut aucun doute que ces deux-là entretenaient parfaitement la fleur qu'elles avaient ensembles fait poussé. Tout pris en une mécanique bine huilé, une machine infernale qui plongea Morwen dans le plus pur désespoir en un seul instant, se jetant au chevet de Bryne comme s'il n'y avait plus rien d'autre. Plus d'exécution, plus de fierté. Entre la satisfaction de voir son ennemie mourir et la crainte de la perdre, le sentiment le plus humain des deux prit aisément le dessus, prenant Morwen à la gorge tandis qu'elle saisit la jeune femme par les épaules pour la secouer. Elle n'était pas désolée, n'avait pas peur de mourir. Mais voir Bryne agoniser lui fut complètement intolérable, franchissant encore une étape supplémentaire dans la concrétisation de ses sentiments inconscients pour sa Némésis. Les larmes ne cessèrent plus de couler et Morwen pleura bruyamment, comme une enfant, bouche grande ouverte, humeur au nez. Non, ne meurs pas, tu n'as pas le droit...

    A aucun moment Morwen ne songea à prendre la capsule que Bryne lui avait donné. Incapable de se résoudre entre attendre et faire quelque chose, la vision terrible de Bryne mourante fissura complètement son esprit et elle hurla de déchirant sanglot, hurlant longuement comme un chien abandonné par son maître. Il lui sembla être un dragon qui perdait son dragonnier, ressentir ce qu'elle ressentirait si elle perdait Nerviskah; un trou béant dans sa poitrine. Pour la ramener à l'instant avant qu'elle n'avale cette saloperie, elle aurait annihilé toutes les lois de ce monde pour en écrire de nouvelles, collé son poing dans la tronche de l’Unique, terrassé tous les dragons de l'Univers. Pour que Bryne ne meurt pas. Hésitant entre le fait de faire n'importe quoi ou de faire quelque chose d'intelligent, la jeune femme se demanda si un instant elle devait étrangler sa rivale pour ne pas qu'elle souffre mais mettre un point finale à la vie de Bryne était impossible pour Morwen, bien étrangement.

    "Ne meurs pas, ne meurs pas...", sanglota la criminelle comme une enfant terrifiée, en pleine régression... "si tu meurs... demain... moi aussi... et peut-être après...", elle lui sourit pauvrement, la prenant délicatement dans ses bras, "je voudrais renaitre en étant ton dragon, pour être ton amie... ça serait tellement bien...."

    Surement parlait-elle seule, à présent. Renaître en étant son dragon, son dragonnier; renaître en étant son amie, en étant quelqu'un de différent, de meilleur, de normal. Avoir une nouvelle chance. Serait-ce possible? Cette présente existence était complètement foutue... pourtant Morwen se leva, Bryne dans ses bras, l'enroulant dans sa cape; d'un coup de pieds, elle se libéra de sa chaine en utilisant son don. Sa tête tournait de trop pleurer mais elle serra le corps de Bryne plus fort dans ses bras.... si l'Unique existait, faite qu'il sauve Bryne. Faites que ce soit possible. Sa mort à elle pourrait attendre et elle avait déjà fait bien des crimes, alors s’évader lui sembla ridiculement dérisoire face à sa quantité de crimes. Elle prit alors la fuite par le plus simple: le corps recouvert d’écorce, elle défonça le mur d'enceinte et tomba de plusieurs mètres en accusant le coup encore une fois grâce à son don. Elle ne voulait pas fuir pour elle-même: si Morwen s'évadait, ce n'était pas pour sauver sa vie, mais celle de Bryne.

    Unique, je ne t'ai jamais trop prié même si grand-père aurait voulu que je le fasse; ça m'a valu bien des coups de pioche et de ceinture. Mais, petit Unique, si tu existes, sauve la vie de Bryne, je t'en supplie; je te donne la mienne en échange, même si je sais qu'elle ne vaut rien du tout. Sauve-la où je te casse la tronche.


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